Une objection

Stefano della Bella, frontispice du Dialogue de Galilée, Florence, 1632 · Metropolitan Museum of Art, CC0
Gravure : sous un dais portant le titre du Dialogue de Galileo Galilei, trois savants en grande discussion : Aristote, Ptolémée tenant une sphère armillaire, et Copernic ; au fond, un port avec des navires.

Aristote, Ptolémée et Copernic en discussion, au frontispice du Dialogue sur les deux grands systèmes du monde.

Pourquoi les étoiles ne bougent-elles pas ?

Si la Terre tourne autour du Soleil, nous regardons le ciel, à six mois d’intervalle, depuis deux points éloignés de 300 millions de kilomètres. Les étoiles proches devraient alors se décaler par rapport aux plus lointaines, et les constellations se déformer au fil de l’année. Or on n’observe rien de tel.

L’objection remonte à Aristote. Tycho Brahe lui donne sa forme la plus redoutable : pour que le décalage reste invisible, les étoiles doivent être si lointaines que, vu leur taille apparente, la moindre d’entre elles serait plus grosse que toute l’orbite de la Terre. Absurde !

En janvier 1616, Mgr Francesco Ingoli adresse à Galilée un essai contre Copernic ; il y juge cet argument « le plus fort ». Quelques semaines plus tard, les experts du Saint-Office déclarent le mouvement de la Terre « absurde en philosophie », et Galilée doit cesser de le défendre.

Galilée répond en 1624, puis dans son Dialogue de 1632 : les étoiles sont bien plus loin qu’on ne le croit, et la lunette les montre bien plus petites que ne le mesurait Tycho. Il propose même de guetter le décalage de deux étoiles voisines dans le ciel, l’une proche et l’autre lointaine. Ce livre lui vaudra le procès de 1633.

La réponse attendra 1838

Friedrich Bessel mesure enfin le décalage de l’étoile 61 du Cygne : 0,3 seconde d’arc, l’épaisseur d’un cheveu vu à 50 mètres. Galilée avait raison sur le fond, mais il ne pouvait pas le prouver.